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« Je est un autre » Kreisleriana op.16 : La plupart des œuvres que Robert Schumann (1810-1856) composa pour le piano sont « les paraphrases des poèmes qu’il n’a pas écrits ». Ceci s’applique particulièrement aux « Kreisleriana » op.16 qui tirent leur nom de Kreisler, le musicien fou inventé par l’écrivain E. T. A. Hoffmann (1776-1822). L’un, Robert Schumann, est un compositeur qui écrit. L’autre, E.T.A Hoffmann, un écrivain qui compose. Pour qu’ils confluent artistiquement, encore fallait-il qu’un pont soit jeté entre eux, et c’est Schumann qui a construit ce pont avec les Kreisleriana. La dualité, le plus souvent conflictuelle, est au cœur de cette œuvre, celle de Kreisler avec la société, de Robert avec le père de Clara, de Schumann avec Hoffmann, de Florestan et d’Eusébius, de Robert avec Schumann, anticipant le « Je est un autre » rimbaldien.
« La forêt est un état d’âme » Scènes de la forêt op.82 » : Figure emblématique du romantisme allemand comme l’était ETA Hoffmann, le peintre Caspar David Friedrich était mort il y a huit ans quand Schumann composa en 1849 les « Scènes de la forêt ». Mais en écoutant cette œuvre, il est impossible de ne pas penser à son tableau « Le chasseur dans la forêt » où figurent un oiseau au premier plan et, dans le lointain, un chasseur. Avec toute sa symbolique de mystère et d’inconscient, la forêt, « qui est un état d’âme » comme écrira si justement le philosophe Gaston Bachelard, est un des grands thèmes du romantisme et il n’y a rien d’étonnant à ce que Schumann s’en soit emparé.
« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » Variations sur le thème des esprits WoO 24 : Marquées d’un sceau tragique, les « Variations des esprits » sont la dernière œuvre pour piano écrite de Robert Schumann. Dans la nuit du 17 au 18 février 1854, il entend des voix d’anges lui dicter un thème en mi bémol majeur insufflé par Schubert et Mendelssohn. Il le « note » quelques jours plus tard, probablement vers le 22 ou 23 février. Le 27, il poursuit son travail de variation qu’il interrompt soudain pour sortir de chez lui et il se jette dans le Rhin. Sauvé par les mariniers, il est ramené chez lui. Le 4 mars, il est interné à sa demande dans l’asile du Docteur Richarz à Endenich, près de Bonn, dont il ne sortira plus et où il mourra deux ans plus tard.

Suzana Bartal est un des talents montants de la nouvelle génération. Née en 1986 à Timişoara (Roumanie) dans une famille d’origine hongroise, elle a commencé ses études musicales dans sa ville natale. Elle donne son premier récital solo à l’âge de 12 ans et à 13 ans, son premier concert en soliste avec orchestre. Elle s’installe en France en 2005 où elle étudie avec Denis Pascal, Pierre Pontier et Florent Boffard à Paris et à Lyon au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse. Entre 2011 et 2014 Suzana se perfectionne auprès de Peter Frankl à l’Université Yale aux Etats-Unis où elle enseigne également en 2013 et 2014. Elle est distinguée par le Prix d’excellence Harriet Gibbs de l’Université Yale.
En 2013, Suzana Bartal a remporté le concours New York Concert Artists Concerto Competition et a fait ses débuts avec orchestre à New York. Elle a également gagné le Woolsey Concerto Competition, ce qui lui a permis de se produire avec orchestre sous la direction de Peter Oundjian. Lauréate de la prestigieus bourse de la Yamaha Music Foundation of Europe, Suzana a également bénéficié du soutien de la Fondation Nadia et Lili Boulanger, de l’ADAMI et de la Williamson Foundation.